Forex : beaucoup de perdants

Si vous êtes un investisseur actif sur internet, vous avez sûrement déjà rencontré des pubs pour le soi-disant eldorado du Forex, voire même vous y avez peut-être déjà touché.

Une petite communauté et un championnat

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la communauté française des « investisseurs forex » que nous appellerons les forexeurs par simplicité, est très petite. Alors qu’environ 2 millions de français investissent en bourse sur un compte titre, le nombre des forexeurs est très réduit. Même parmi les courtiers en ligne (type Binck.fr ou Boursorama), la proportion de forexeurs est faible, de l’ordre de 20%. Alors sur l’ensemble des investisseurs, c’est encore bien plus faible. On peut estimer sans se tromper que le nombre de forexeurs actifs (ayant fait une transaction dans le mois en cours) est à peine de 30 000 en France.

Comment une si petite communauté peut générer autant d’appétit et de pubs de la part de courtiers acharnés ? Vous vous dites déjà que c’est étrange, car un bon placement n’a pas besoin de publicité n’est-ce pas. La réponse va suivre.

En effet, il existe au sein de cette communauté un « championnat des devises » parrainé par la magazine Capital. Ce championnat fonctionne chaque année de septembre à septembre, la saison 2012/2013 est en cours et a débuté le 3 septembre 2012. Le principe est simple : chaque joueur dispose de 5 millions de $ virtuels qu’il doit faire fructifier en investissant sur les principales paires Forex, notamment la côte euro/dollar. Dans le championnat, afin de mettre tout le monde à égalité, il n’y a pas d’effet de levier, ce qui rend les gains bien moins spectaculaires. Dans la réalité, le forex se résume souvent à quelque chose comme ça :

  • J’investis 1000 euros sur la paire eurusd qui commence à 1,2750
  • Si elle atteint 1,2700 je perd tout
  • Si elle atteint 1,2800 je double ma mise

Le championnat lui ne permet de gagner que des « droits à jouer sur un compte réel forex », et encore faut-il être dans les tous premiers, selon une méthode complexe par points.


Et s’il suffisait de regarder ce championnat ?

Là ou rentables.fr se montre malin, c’est que nous allons nous servir de ce championnat pour confronter les dires des courtiers forex, qui annoncent un taux de « gagnants » de 40 ou 50%, avec la réalité.

Le « championnat » compte au 13 aout 2013, 4813 participants, chiffre qui ne devrait plus trop augmenter d’ici la fin de sa « saison ». Une bonne partie, peut-être 1000 ou 2000, sont français, le reste venant des 4 coins du globe et étonnamment de beaucoup de pays pauvres. On peut donc affirmer que la population des joueurs à ce championnat est représentative de l’ensemble des forexeurs français pour deux raisons :

  • 2000 sur 30 000 c’est un nombre élevé, il n’y a pas que des débutants, et que diable les gens qui s’inscrivent sont surtout des lecteurs de Capital ou des inscrits à Boursorama, pas de novices en finances
  • Si au début d’une année, il peut y avoir des novices, après plusieurs mois de pratique, ça n’est plus le cas. Or d’un mois sur l’autre, près de la moitié des inscrits rejouent (chiffre bien plus faible vers un quart en ce mois d’août, à cause des vacances).

Analyse des résultats

Nous avons pris soin de relever les performances à plusieurs moments. Ainsi à la mi janvier, un peu avant la mi parcours du championnat :

  • 760 participants sur 3106 sont en gains positifs au général (24,5%)
  • 430/1362 sont en positif sur ces deux semaines de janvier. (31,6%)

A la date du 13 août :

  • 1284/4813 sont en gain positif au général (26,7%)
  • 272/747 sur les deux semaines d’août. (36,4%)

On peut expliquer la légère remontée des pourcentages en août ainsi :

  • Ce qui jouent en pleines vacances sont les plus motivés et peut-être les plus connaisseurs
  • Les perdants se sont découragés
  • Les novices ont acquis de l’expérience.

Le fait que le taux de gagnants soit supérieur sur une courte période est tout à fait logique, car la loi normale, lorsque la probabilité de gain est inférieure à 50%, fait se réduire le nombre de participants « positifs » au fur et à mesure du temps, jusqu’à atteindre un plancher, d’environ 25%, constitué des vrais « bons ».

25%, oui un sur 4 !

Toi lecteur qui a eu envie de de « gagner de l’argent avec le forex », surtout réfléchis-y à deux fois. 75% des joueurs seront perdants. Ne vaut-il mieux pas jouer au loto sportif ? Le pourcentage de gagnants y est sûrement plus élevé, et prédire une victoire au foot relève un peu moins de la divination que prédire des mouvements de devises.

Une analyse plus poussée des chiffres de janvier montre aussi que :

  • Les 18 plus gros faiseurs de transactions sont tous en perte
  • 91 des 100 plus gros faiseurs de transactions sont en perte (ils font plus de 200 transactions sur un mois)
  • On en déduit qu’il faut absolument éviter de faire plus de 5 aller/retour par jour (5x2x20jours ouvrés = 200)

Les frais, toujours les frais

Au forex, les frais se comptent en pips. Dans le championnat, les frais sont de 2 pips sur l’EURUSD par exemple, ce qui est assez représentatif du marché réel, même si IG Markets le leader est un peu en dessous sur l’EURUSD (1 ou 1,2)

Cela signifie que pour une personne qui investit tout son capital virtuel de 5M$, un AR coûte 2000 $ de frais. Avec 5 A/R par jour, on atteint le chiffre astronomique de 200k$ de frais MENSUELS, soit 4% du capital

A noter que le taux de levier ne change rien à l’affaire. En fait il ne change pas les frais, car les frais sont calculés sur le montant investi virtuel, pas sur celui possédé. Ainsi une personne qui dispose de 50 000$  et investit avec un levier, classique au forex, de 100 (donc 5M$ virtuels), paiera les mêmes frais.

[mantra-pullquote align= »right » textalign= »left » width= »33% »]Même sans levier, les frais représentent plusieurs % du capital CHAQUE mois[/mantra-pullquote]

Dans ce cas concret, qui concerne pas moins de 2 à 3% des joueurs du championnat, cela veut dire que le courtier a déjà récupéré 4 fois votre mise de départ !! il pourrait vous offrir de tripler votre dépôt initial, il serait toujours gagnant ! (en fait ce serait même encore mieux car le malheureux joueur aurait tout misé quand même et généré trois fois plus de frais).

Ce que ces calculs veulent aussi dire, c’est que si on néglige les frais, il est probable que 70% des investisseurs sont en positif. Nous n’avons malheureusement pas accès au montant moyen des investissements sur le championnat, ni à l’ensemble des classements pour vérifier cette théorie. La différence entre les 25% et les 70%, ce sont les 45% de forexeurs « moyens » qui font de bons trades, mais pas assez pour couvrir le montant des frais !

En effet dans le championnat, le forexeur actif qui fait un A/R par jour sur l’ensemble de son « argent virtuel » de 5M$, paye 40 000$ de frais par mois, ou 0,8%. Ça veut dire que à si il est >-0.8% sur un mois, il aurait été positif sans les frais. Avec du levier, les frais deviennent astronomiques. Même si vous ne faites pas d’investissement risqué, retenez la leçon : ne négligez jamais les frais bancaires: les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Le 100e du classement a 500FXmiles, le 300e en a 190… donc un « bon joueur » en positif, quelconque (300e à la fin de l’année), aura du mal a atteindre les 1000 Fxmiles, et donc à toucher de l’argent sur un compte réel

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