Que valent les conseils de la lettre de la bourse

lettre de la bourse logo

La lettre de la bourse.. un nom bien commun et utilisé par des tas de publications plus ou moins confidentielles.. la plus sérieuse est celle éditée par le groupe Express-Roularta.. ils envoient des publicités pour s’abonner, comme quoi ils ne doivent pas vraiment appliquer leurs propres conseils, sinon ils les utiliseraient avec l’argent perdu à imprimer ces pubs..

Cette lettre cependant a retenu notre attention car elle est éditée par un groupe connu, et propose un « tracking », un suivi de ses conseils pendant des années.. en fait depuis 1992, alors qu’elle annonce avoir une « expérience unique de plus de 27 ans sur les marchés boursiers ».. et sur la page suivante « nos résultats [font] depuis 26 ans la différence et le succès de LA LETTRE DE LA BOURSE ». 26 ou 27, on s’en fout, mais il faut choisir, une newsletter incapable de relire sa prose de pub, peut-elle être prise au sérieux?

ldb_extrait1

lettre de la bourse extrait
Les extraits du prospectus de la lettre de la bourse

On peut même s’y abonner en ligne, et recevoir ses conseils sur 5 catégories d’actions (France, étranger, trackers/investissement, obligations et or (mines et métal).

A 374 euros d’abonnements par an, pour des conseils de 8 pages chaque semaine + une newsletter quotidienne. Problème déjà, leur site annonce un « track record », mais il ne correspond pas à ce qu’on lit dans le papier.

 

Un suivi à géométrie variable

Le suivi est annoncé sur internet avec ces chiffres, au 22 janvier 2015 :

88,8% de gagnants, 2,47% de perdants et 8,73% encore en portefeuille… depuis 1992performance-lettre-bourse

Or dans la version papier de la pub, datée de courant 2014 (la dernière vente indiquée date du 02/12/2014), les chiffres sont de 90,66% de conseils gagnants (Sur 1333 conseils), 4,08% vendus avec perte, et 5,26% encore en portefeuille, en cumul depuis 1992 (cliquer pour agrandir l’image)

ldb_90pourcent

 

Des conseils.. mais lesquels ?

Apparemment, les « vrais » conseils sont ceux envoyés de manière hebdomadaire.. donc les dates de souscriptions dans le reporting devraient être calés à des semaines pleines d’intervalle. Or les dates de conseils d’achats et de ventes sont des jours aléatoires, par exemple il y a un conseil d’achat le 8 janvier 2014 (Oeneo) et un autre le 10/01/14 (Psb industries).. sérieusement ?? Déjà c’est louche.

Ensuite le nombre de conseils par lettre.. 1333 conseils en 23 ans, cela fait à peine un par semaine en gros en moyenne.. Il est donc plus que probable que la lettre donne des tas de conseils chaque semaine, mais une partie seulement sont dans le reporting.

Troisième remarque troublante, le stock de conseils encore en cours est très élevé. Ces 5% correspondent à environ 70 conseils, c’est à dire plus d’un an de conseils. De plus, les conseils sont gardés en moyenne environ 3 ans avant d’être revendus. Il est possible que certains conseils « non vendus » fassent du -50 ou -80% depuis l’achat.. sans eux, impossible de calculer un reporting correct et complet.

Le conseiller de bourse ne sait pas faire des règles de trois !

Ceci nous amène à une trouvaille rigolote : quand on a fait 1333 conseils, une réussite de plus ou de moins fait varier le pourcentage de 0,08; il y a donc des centièmes de pourcentages qui sont impossibles à avoir. Et bien ces génies de « La Lettre de la Bourse » font de la bourse sans en avoir l’air : ils ne savent même pas calculer des pourcentages corrects. Ou bien ils sont tellement habitués à mettre des pourcentages bidons et des nombres falsifiés, qu’ils ne prennent plus le temps de vérifier.. quoi qu’il en soit, leurs pourcentages bidons donnent donc 1208,5 conseils gagnants; 54,4 perdants; et 70,1 encore en portefeuilles. Tous ces chiffres sont précis à 0,08 près, et donc bidons ! En effet avec 1333 conseils, un changement de 1 dans le nombre de conseils d’une catégorie de l’un ou de l’autre, fait varier de 0.08 le pourcentage. Il y a donc des centièmes de pourcentage « impossibles ».

Tout cela sans oublier que le nombre de conseils perdants indiqués sur le site est deux fois moindre que dans le prospectus.

Un rendement bon, sans être incroyable

Comme par hasard, le tracking commence en janvier 2009, au plus bas de la crise boursière. Depuis, en 6 ans, le CAC 40 « nu » est passé de 3300 à 4630 points environ, soit du 5,8% annualisé. Avec les dividendes, environ 9%

Or, les 274 conseils revendus depuis, d’après le reporting, ont une rentabilité moyenne de 17,66%. Seuls 2 auraient été perdants. Ils ont été gardés en portefeuille 381,04 jours. Le rendement annualisé théorique de 17% est à minorer deux fois :

  • D’abord -1% car les titres pas encore revendus, sont probablement en partie non revendus depuis longtemps. A la vue de la part de conseils datant de plus de 3 ans, il est évident que dans certains cas, la tactique de cette « lettre » est de garder les titres le plus longtemps possible, en espérant qu’ils vont remonter
  • Ensuite -2% car on peut approximer que les titres non vendus font du -20%, soit 37points de moins que les autres. Ce calcul vaut si seulement 5% de titres sont encore en portefeuille, c’est à dire que sur les 70 non vendus, une 15aine ont ces mauvais résultats et sont très vieux, alors que les autres sont des titres qui seront revendus « normalement » dans 5 ans et sont plutôt vers 0%.

Au final, cela donnerait un rendement annualisé d’environ 14%. Pas mal du tout par rapport au CAC. Maintenant c’est à nuancer, car les conseils contiennent une part de non négligeable de valeurs de « recovery » cycliques comme Air France, Vicat, Eiffage… et une autre part non négligeable sont des small caps comme Oeneo, Korian, Vilmorin, Imeris, Groupe Guilin.. des valeurs toutes très haussières quand tout va bien, ce qui est globalement le cas sur la période 2009-2015.

Sans savoir comment est effectuée la sélection présentée sur le site, ni le tracking record en période de forte baisse comme 2007-2008, dur de se prononcer.

L’avis de rentables.fr : même si on fait abstraction de l’incroyable amateurisme de cette lettre, de la louche sélection des conseils, gérer en permanence un portefeuille de 70 valeurs environ est compliqué. Car lorsqu’on vend, il faut réinvestir ailleurs, et les conseils donnés par cette lettre ne permettent pas d’avoir un portefeuille toujours investi. De plus, en dessous de 20 000 euros de portefeuille, les couts d’abonnements seront prohibitifs. Maintenant, pour ceux qui ont un gros portefeuille en valeur, et souhaitent bénéficier de conseils, tout en se basant aussi sur d’autres sources, pourquoi pas. Même si cela ne vaut pas la méthode Piotroski..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *