Économie pour les nuls 1 : d’où vient la monnaie ?

Dans cette nouvelle série, nous ambitionnons humblement de rétablir quelques vérités sur les deux doctrines économiques les plus populaires de nos jours (le libéralisme et le socialisme), ainsi que le rôle du capitalisme et de la finance dans le monde actuel. Ultimement, cette compréhension du monde qui nous entours nous permettra à tous de faire de meilleurs choix de vie : réduire les dépenses inutiles et investir utilement, toujours les deux objectifs du site.

Cette série a pour ambition de repartir des bases de l’économie, aussi nous commençons par étudier l’argent, la monnaie et la datte. D’où cela vient, à quoi ça sert, pourquoi on ne peut pas s’en passer.

D’où vient l’argent ?

Afin de simplifier les discussions qui auront lieu par la suite, nous imaginerons un monde très simplifié, dans lequel vivent trois familles :

  • La famille Deschamps vit de l’agriculture et vend sa production aux autre
  • La famille Ferdur transforme des matières premières comme le fer et le bois, et les revend
  • La famille Langlois est intellectuelle : le père est professeur, la mère docteure.

Chacun vit dans le même village. Les Deschamps ont de tout temps pu faire du troc avec leurs cousins agriculteurs des autres villages : ils n’avaient pas vraiment besoin d’argent, ce qui les intéressait était de produire, stocker et consommer la nourriture.

Cependant, les Langlois eux n’ont jamais rien produit de physique : en échange de leurs services, ils se faisaient aussi payer en nature. Mais n’étant pas tellement équipés pour garder du stock de nourriture chez eux, ils prirent habitude de demander aux Deschamps de leur garder leur stock, en échange d’une certaine remise, fixée après accord à 3% du montant stocké, chaque année.

Pour les Ferdur, ils achetaient de la nourriture, du fer et du bois, et s’en servaient pour fabriquer chaises, tables, charriotes, épées.. Tout cela ne leur permettait pas non plus de manger et ils l’échangeaient aussi contre de la nourriture.


Chacun travaillait donc dans la mesure où il avait besoin de se nourrir, les plus précautionneux ayant peur des famines futures, prenant soin d’avoir un bon stock de sucre, de farine et de graisses.

Tout cela fonctionnait bien jusqu’au jour où les Langlois, après un voyage lointain, ont ramené une nouvelle technologie permettant de cuire le pain deux fois plus vite. Cette technologie intéressa les Deschamps, qui avaient un gros silo de grains et pensaient ainsi pouvoir en produire plus, en stocker plus, et en faire revendre par les Ferdur, aux villages environnants. Les 3 familles avaient donc intérêt à développer cette technologie. Cependant, le cout de production du nouveau four dépassait de beaucoup le stock de grains de la famille Deschamps. Les trois familles se réunirent donc pour discuter. En effet les Syldaves, détenteurs de la technologie de four rapide, souhaitaient se faire payer en cuivre, métal qui leur faisait cruellement défaut. Les Ferdur acceptèrent donc de prêter 100 pièces de cuivre aux Deschamps. Les Deschamps proposèrent que, de la même façon qu’ils gardaient un stock de grain appartenant aux autres, les Langlois pourraient garder le stock de cuivre (ou son absence) :  ceux-ci payèrent les étrangers en cuivre et reçurent la machine, qu’ils transmirent aux Deschamps.

Cependant, l’investissement était si énorme que, afin d’éviter des conflits pour les générations futures, les trois familles décidèrent de faire enregistrer auprès du notaire du roi, la dette de 100 pièces des Deschamps envers les Ferdur. En fait, les Ferdur avaient eux mêmes une dette de 10 pièces envers les Langlois : ceux-ci réclamèrent une partie du prix de la transaction aux Ferdur, en tant qu’apporteur d’affaire.

Que faut-il retenir de tout cela ?

  • La monnaie commune, physique, a été inventée : il s’agit du cuivre (en réalité, historiquement, l’or s’est imposé un peu partout).
  • Le concept de dette est apparu, mais il s’agit pour le moment simplement de bouts de papiers notariant une dette entre deux parties quelconques. La dette n’est pas de la monnaie : c’est à ce stade, une créance non convertible. Il faudra une certaine quantité de nourriture ou de cuivre pour effacer cette dette. Mais la dette en elle-même ne permet pas encore d’acheter quoi que ce soit. En effet, si les Ferdur ont confiance que les Deschamps vont les rembourser, c’est parce qu’à la base, toute dette est valorisée contre un travail FUTUR : c’est le futur travail des Deschamps, à l’aide de cette machine, qui va leur permettre de produire beaucoup de grains, et de rembourser. Une dette n’est donc pas garantie plus par de l’or que du cuivre ou toute autre monnaie : cette vision est erronée. Répétons-le encore, car c’est une erreur répandue ; la dette est garantie PAR UN TRAVAIL FUTUR.
  • Non convertible donc, car un étranger auquel les Langlois donneraient leur titre de créance, n’a aucune raison de faire confiance aux Deschamps.
  • Les Langlois sont devenus banquiers : ils gardent leurs 10 pièces de cuivre et les titres de créance de tout le monde.
  • Les Ferdur sont en quelque sorte des investisseurs : dans une économie réelle, l’argent est forcément investi dans du réel : pas d’arnaque, pas de rentier, simplement une opération gagnante pour tout le monde.. à condition que les Ferdur soient rémunérés pour avoir prêté cet argent !

Comment rémunérer les Ferdur ?

Qui dit dette, dit juste rémunération du prêteur. C’est évident, car le prêteur se prive d’une quantité de bien (qui lui est peut-être superflue, mais nous ne sommes pas ici dans un cours de morale), qu’il aurait pu utiliser à son profit. Il décide en fait d’aider ses voisins : il est donc logique que les Deschamps lui promettent de recevoir une rémunération : dans la mesure où cette machine va leur permettre de décupler leur production, ils acceptent de reverser 20% de leur production additionnelle aux Ferdur.

Que devons nous en conclure :

  • Le prêteur doit accepter une part de risque : le producteur (les Deschamps) va en accepter la plus grosse partie (risque de perte de tout le capital, si la machine s’avère décevante). Il doit donc accepter le risque d’être moins bien remboursé. Il n’y a pas de rémunération sans risque. C’est une règle de base de la finance, et sa corollaire : risque et rémunération devraient toujours être liés.
  • Le capital est toujours restant du, mais n’est pas garanti : la machine va se déprécier et en cas de problème, les Ferdur n’auraient que faire d’une machine désuète. Il n’y aurait que deux solutions à un tel échec
    • Les Deschamps travaillent encore plus, pour pouvoir rembourser
    • Quelqu’un prête de nouveau aux Deschamps, afin de leur permettre d’acheter une nouvelle machine, et de rembourser. Conclusion : dans certains cas, plus de dette est une solution à un problème de dette. Mais uniquement lorsque cette dette sert à produire quelque chose qui vaudra plus !
  • A ce stade, la dette ne sert à financer que de la production réelle.
  • De même que dans notre exemple, les Ferdur sont de vrais investisseurs, de mêmes ceux qui investissement en action sont de vrais investisseurs : ils apportent des capitaux à une société, pour lui permettre de produire plus. Il n’y a donc aucune honte à ce qu’ils soient rémunérés, tant que les risques sont partagés.

Quel rôle jouent les Langlois ?

En tant qu’intellos du groupe, les Langlois jouent les économes et sont chargés de collecter les pièces et les dettes. Ils méritent aussi d’être payés pour cela. Mais ils se sont pas investisseurs : ils sont un tiers de confiance, et nous verrons dans le 2e épisode que leur rôle sera bien utile par la suite. Ils n’ont en tant que tel pas d’argent : c’est l’investisseur qui apporte l’argent.
Ce rôle de confiance pourrait très bien être joué par n’importe qui, tant que la confiance est là : le rôle du banquier est à ce stade restreint (mais il grossira par la suite):

  • Bien garder les documents
  • Arbitrer les disputes
  • Ne pas taper dans la caisse

Tout ami commun pourrait jouer ce rôle. Et l’État aussi, puisqu’il est censé être impartial.

Dans la finance moderne, le rôle du banquier et de l’investisseur sont confondus lorsque vous faites un prêt immobilier : c’est une arnaque !! Mais nous en reparlerons au prochain épisode….

A suivre..


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