Investir sur les matières premières agricoles

Dans la décennie 2000, tout le monde conseillait d’investir sur l’or, l’argent ou le pétrole. Mais avec la récession qui s’est installée en Europe et ailleurs, ces matières premières ont eu des rendements négatifs ces dernières années. Toute matière première n’est pas un investissement au sens strict du terme : une variation du cours de telle ou telle matière est simplement lié à deux facteurs :

  • L’inflation, à long terme, accompagne (à la hausse) ces matières premières, car leur cout de production a tendance à suivre le cout de la vie. Tendance seulement, car les efforts de mécanisation, automatisation et amélioration de rendements agricoles, contrebalancent cette inflation
  • D’autre part, à plus court terme, les aléas climatiques et géopolitiques jouent sur les prix. Une guerre en Iran, une famine en Chine par manque de riz, une chute de prix du pétrole décidée par l’OPEP qui « ouvre les vannes » de la production.. tout cela se mélange.

En soi, placer son argent dans un cours de matière première ne rapporte donc rien : pas de dividende comme avec une entreprise, car avoir un stock de blé ou de pétrole ne « produit » rien. Spéculer serait donc un terme plus exact.

Pourquoi acheter des matières premières ?

 

Est-ce moral de spéculer sur la nourriture ?

Tout dépend de l’optique dans laquelle votre investissement est fait. Si vous spéculez comme sur de la bourse, en achetant et vendant tous les jours selon les variations de marché, alors c’est probablement immoral.

Maintenant, en tant que particulier, une position raisonnable dans une assurance vie en UC, sur un fond orienté matières premières agricoles, ne nous semble pas immorale. Tout d’abord, parce que vous mangez, et à ce titre cet investissement peut se concevoir comme une « couverture » contre la hausse des prix.

Ensuite, parce qu’avec les guerres climatiques à venir au 21 siècle, nous savons que les pays qui maitrisent l’eau et la production de nourriture en masse deviendront de plus en plus puissants. Investir dans le blé, le mais ou le cacao, par exemple, est donc un choix logique, car même si à long terme la hausse ne sera pas forcément fulgurante, nous savons qu’il y aura de fortes variations dues à ces affrontements, et donc des possibilités de revendre en haut d’un cycle, à moyen terme.

Cette spéculation affame les pauvres ?

Dans un rapport du 23 février 2015, l’ONG OXFAM dénonce le rôle des banques, et ici le rôle des banques françaises, dans cette spéculation. En cumulé début 2015, les fonds de la Société Générale, BNP et BPCE ont un encours de 3,5 milliards d’euros. Cependant, en lisant ce « rapport sur les spéculation des banques françaises », on remarque que ce qui est reproché aux banques par OXFAM, c’est de proposer des fonds d’investissement (de type trackers ou fonds) indexés sur le prix d’un panier de matières agricoles.

Le raisonnement est que ces fonds « aggravent la volatilité des prix ». Probablement un peu. Mais ces fonds sont nécessaires : pour toutes sortes de raisons, les banques sont obligées de créer des produits financier qui permettent aux différents acteurs de la filière de se financer. Quelques exemples :

  • Le producteur va acheter un produit dérivé à la baisse (option de type PUT), dès que les prix lui semblent assez élevés, pour se couvrir d’une éventuelle baisse de prix qui le mettrait en difficulté. Si cette baisse se matérialise, l’option PUT prend de la valeur et lui « rembourse » sa perte, elle agit comme une assurance
  • D’un autre côté, l’acheteur (industrie transformatrice) peut jouer l’inverse et acheter une option CALL pour gagner de l’argent si un prix augmente, et ainsi maintenir fixe son prix d’achat.
  • Le négociant va jouer dans tous les sens, avec des options à court, long et moyen terme, pour protéger ses différents contrats avec producteurs et acheteurs.
  • Le gouvernement va aussi intervenir pour stabiliser les prix
  • Et les particuliers se couvrent avec ces fonds.

Il est donc bidon de dire « les banques doivent arrêter ces produits ». Car ils sont nécessaires et si on les arrête officiellement, ils continueront sous le manteau, aux Bahamas ou au Luxembourg. D’autre part, qui peut décider qui a « le droit » de négocier ces produits dérivés ? Qui peut dire que les banques « spéculent » alors qu’elle mettent juste à disposition un produit financier, qui est peut-être détourné de son utilisation par certains ?

Faut-il arrêter la spéculation ?

Mais la spéculation sur les matières premières agricoles, ne diffère pas de la spéculation sur toute autre activité boursière. En prenant avantage des petites différences de marchés entre différents lieux de cotation et produits, les « traders » assurent de la liquidité sur le marché. Mais on peut trouver un juste milieu pour éviter que certains s’en mettent plein les poches en spéculant. Pour cela, une taxe minime sur les produits dérivés suffirait, et elle éviterait la « variation de prix brusque et de forte amplitude » dénoncée par OXFAM. OXFAM nous soutient en gros qu’il faudrait complètement supprimer les marchés à terme agricoles, citant la banque mondiale : « les activités des fonds indiciels ont joué un rôle clé dans la flambée des prix alimentaires en 2008 ». C’est peut-être vrai, mais n’est pas représentatif, pour plusieurs raisons :

  • La spéculation dans un domaine n’est pas infinie. Si, lors de leur mise en place, qui s’est faite principalement sur 2005-2010 comme pour les autres trackers indiciels (cf. cette présentation, page 30), ces trackers ont pu contribuer à la hausse des prix (car toute personne qui « investit » dans un fond, fait un pari sur la hausse implicite), cette période de montée en puissance est terminée. Il pourra toujours y avoir des pics de hausse, mais moins violents
  • D’autre part, la vraie raison de ces pics raisons est l’extrême mondialisation alimentaire des 2 dernières décennies, qui fragilise énormément le commerce de nourriture : les stocks ont fondu et la moindre pénurie crée un manque mondial; dans le passé, ce manque local était facilement surmonté par les stocks des pays d’à côté. De nos jours, le « marché mondial » peine à remédier à la moindre mauvaise récolte, et les prix s’enflamment. LA bonne réponse est donc de remettre en cause cette globalisation, en remettant des frontières, des droits de douane, des stocks stratégiques, et en soutenant la production locale pour les pays pauvres.
  • Enfin, à long terme, la hausse des prix des aliments n’est pas forcément mauvaise : plus le produit est cher, et plus les pays pauvres sont compétitifs sans mécanisation
  • Dernièrement, OXFAM pense que 3,5 milliards d’euros de fonds sont importants, mais clairement le poids de la France dans la spéculation agricole est faible, et ces fonds indiciels représentent une paille par rapport au volume des produits dérivés, qui sont par ailleurs beaucoup plus générateurs de volatilité car ils ne nécessitent qu’un dépôt partiel pour investir.
    • Par exemple, pour le seuls mais (contrats CORN du CFTC américain), on recense environ 2 millions de contrats ouverts, chaque contrat vaut 200$, soit un total de $400 millions
    • Au total, 1,4 milliards de contrats (futures et options) ont été échangés en 2014. Même si ça n’indique pas le volume de contrats ouverts, on comprend bien que l’impact de ces échanges, qui se chiffrent donc en centaines de milliards, est de plusieurs ordres de magnitude plus grand que celui des trackers indiciels.

Un fonds pour son assurance-vie

Pour terminer, un petit conseil si vous cherchez un fonds : le AAA Actions Agro Alimentaire, commercialisé par Natixis, est un fonds efficace.

One thought on “Investir sur les matières premières agricoles”

  1. merci pour ton message sur mon blog.
    Je connais bien la problématique des matières premières agricoles car je donne des formations sur le sujet.
    On ne peut pas investir sur les mp agricoles car seules elles ne produisent pas de valeur ajoutée.
    On peut gagner de l’argent en spéculant et là c’est autre chose.

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