ING devient payant pour les pauvres

Extrait de l'interface ING

C’est un titre qui ne plaira pas aux marketeux d’ING qui ont du se retourner la cervelle pendant des mois pour préparer cette évolution, mais c’est un fait : la banque en ligne ING Direct va devenir payante pour les « pauvres », à partir du 1er juillet 2016.

C’est la banque qui l’a annoncé dans un courriel à tous ses clients, le 13 avril 2016

Une pente savonneuse

Là où le bat blesse le plus, c’est que ING Direct, banque préférée de votre site rentables.fr, n’en est pas à son coup d’essai sur la mauvais pente de rendre des services payants. Initialement, ING Direct permettait d’envoyer ses chèques gratuitement, via des adresses « Libre réponse ». Elle était d’ailleurs, à notre connaissance, la seule banque à le faire. Un timbre économisé par chèque, ce n’est pas rien. En l’absence de banque physique pour déposer le chèque (excepté récemment, les ING Web Café à Paris et Lyon), la mesure paraissait généreuse et logique à la fois.

Or, en juin 2015, la banque annonçait que cette gratuité prenait fin, une mesure déjà mal vécue sur le forum de la banque. On pouvait y lire certaines phrases visionnaires :

ING-payant

Quelques mois plus tard, en aout 2015, ING récidivait en annonçant un durcissement de ses conditions d’ouverture de compte : au lieu de la domiciliation de 750 euros par mois, on passait à un revenu de 1200 euros net par mois (sans clause de domiciliation). Une décision assez incompréhensible, dans la mesure où de nombreux internautes ouvrent des comptes « dormants » pour bénéficier des bonus d’inscription : se baser sur les seuls revenus et non sur la domiciliation, revenait pour ING à faire la course aux chiffres et à « celui qu’en a le plus » avec ses concurrentes, tout en sachant fort bien que la majorité de ces comptes seraient inactifs.

Tout cela, la même année 2015, où ING avait fait un signe positif, en s’ouvrant enfin, après de nombreuses années de « demain on rase gratis » (heu, demain on propose le crédit immobilier), à ces crédits immobiliers : peut-être un lien, s’interroge alors le site spécialisé Cbanque ? Clairement, les deux évènements sont liés à un virage, de vouloir faire de ING Direct une banque « complète », à gros volumes de « vrais » clients l’utilisant comme banque principale. Une officielle de la banque déclarait à cette époque que seules 150 000 personnes utilisaient leur compte bancaire ING Direct comme compte principal.

Ajoutons à cela qu’à notre connaissance, la clause de minimum de domiciliation n’était pas vraiment appliqué, ni suivie de la sanction de 15 euros par trimestre, ajoutée il y a quelques années. Ce point reste à vérifier auprès de témoignages de clients.

Une banque pour tous, mais surtout pour les riches ?

Il est clair que ces reculades arrivent dans un contexte de très bas taux d’intérêt depuis des années. Le Livret Orange, historiquement le plus élevé des livrets, qui offrait toujours plus que le livret A, souvent même après décompte des taxes de l’état sur les intérêts, est arrivé maintenant à un taux doublement ridicule de 0,40 % :

  • Ridicule par rapport au Livret A, mais, le Livret A est maintenu artificiellement élevé par la Banque de France, et, les baisses de taux concernent tout le monde
  • Ridicule surtout par rapport aux banques concurrents, Hello Bank notamment, toujours à 1% en juin 2016, et encore récemment début 2016 à 1,40% brut

Les banques doivent trouver de nouveaux revenus, car placer les encours de leurs clients, ou les prêter, ne leur procure plus grand chose. Chez les banques classiques, cela se traduit par des fermetures d’agence à la chaine, et chez les banques en ligne, par la remise en cause progressive de ce modèle du « tout gratuit ». Le fait que, encore une fois, ING soit la 1ère à faire ce pas en arrière, n’est pas bon signe. La banque est régulièrement critiquée par des experts alternatifs comme Paul Jorion, pour sa faiblesse de fonds propres.

Donc, en avril 2016, ING annonce que désormais, il fait machine arrière, et revient à la domiciliation des revenus. Mais il sera désormais intransigeants avec les resquilleurs, qui devront s’acquitter de 5 euros par mois. Présenté par les marketeux d’ING comme une permission pour les pauvres d’avoir un compte, ce changement est encore plus mal vécu sur le forum ING : il génère des torrents de réactions négatives (plusieurs centaines ici en moins de 2 semaines). Comme le fait remarquer le site JeChange, le revenu minimum à domicilier a entretemps augmenté de 750 à 1200 euros. Les Echos signe un article ironique avec comme titre : « ING direct se lance dans la banque en ligne payante« . Le titre initial de leur article (visible via l’URL) était même « ING Direct invente la banque en ligne payante », mais ils ont du avoir un 2e journaliste qui a réfléchi et s’est souvenu que Monabanq l’a inventée il y a fort longtemps.

 

Pourquoi aller chez ING ?

Il y a bien des années, on ouvrait un compte chez ING d’abord pour sa fameux livret Orange, et ensuite pour sa banque ou son assurance vie sans frais. Aujourd’hui, ING perd les pédales :

  • Son livret n’est plus du tout un des plus avantageux en terme de taux, ni même de promotion
  • Les primes d’ouvertures de compte et de parrainages, historiquement entre 60 et 120 euros selon les époques depuis des années (comme chez beaucoup de concurrents), ont fondues à 30 euros
  • L’assurance vie est restée la même depuis des années : il n’y a toujours qu’une vingtaine de fonds disponibles, là où les spécialistes comme Linxea proposent des AV avec des centaines de fonds, des produits structurés, des SCPI, etc.
  • La bourse par ING propose des taux de frais plus élevés que chez Binck par exemple

Alors attention, malgré la douloureuse façon dont s’est passé le « changement de RIB » opéré par ING en 2014-2015 (et probablement réalisé pour satisfaire plus facilement.. aux obligations de fonds propres, en regroupant ses filiales.. on en revient toujours au même), ING Direct reste une très bonne banque. Il y a toujours des services qu’ils sont les seuls à proposer: par exemple le virement instantané entre compte ING. Les « fausses » banques en ligne mettront 1 ou 2 jours pour cela.

Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Simplement, les avantages d’ING sont désormais moins visibles, et il va falloir qu’ils adaptent sérieusement leurs pubs et leurs discours.

ING se retrouve avec plusieurs points négatifs :

  • Le retour de l’obligation de domiciliation, non présente chez les autres banques. A 1200 euros par mois, c’est plus qu’un smic, la moitié de la population française (les chômeurs et les smicards) est donc exclue, à moins d’avoir 5 000 euros d’épargne (peu probable pour eux, mais on ne sait jamais).
  • La possibilité de garder son compte ouvert quand même, même sans satisfaire à la règle, est à double tranchant : beaucoup de clients vont découvrir des 5 euros certains mois et pas d’autres, cela va générer du flou. Or, à une époque, ING se vantait d’être clair, avec du zéro euros partout : cette époque est malheureusement derrière nous. On voudrait « dégager » les clients pauvres qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Loin de nous l’idée de juger cette volonté d’ING : elle est conforme à l’esprit anglo-saxon, dans lequel les riches sont avantagés (des mécanismes similaires existent aux USA et font que les « packs » bancaires sont gratuits pour ceux qui font, par exemple, un certain montant de paiement par carte bancaire chaque mois). Mais dans ce pays communiste qu’est la France, cela passe mal.
  • Enfin, pour les pauvres, payer 5 euros par mois, c’est cher. Certes, le markting d’ING nous dit que cela reste deux fois moins cher que dans les banques traditionnelles.. pour une gold. Oui. Mais les gold, pour les pauvres, heu comment dire.. l’assurance annulation voyage quand tu prends pas l’avion, et tout ce genre de « services » de la gold, ça sert pas beaucoup.. ça s’apparente grandement aux « packs » que les banques traditionnelles vendent. ING aurait il oublié que les clients recherchent un prix avant tout ? Du coup, pour la majorité des « pauvres » (désolés pour l’expression), une carte standard suffit, et à ce tarif là, les banques traditionnelles, même avec leurs nouveaux frais de tenue, sont vers 5-6 euros par mois, et Monabanq est à 2 euros. Pris en sandwich, le positionnement d’ING apparait vraiment peu pertinent.

On en arrive, pour les banques en ligne, comme pour l’accès internet, au moment où tout se reconcentre, et les prix remontent. Peut-être que l’arrivée de nouveaux acteurs mobile comme Orange va révolutionner le secteur ? Ça reste à voir..

One thought on “ING devient payant pour les pauvres”

  1. Hello,
    Ton article est intéressant. Cependant, j’ai une petite question : combien d’argent faut-il pour investir dans un small caps ? Merci pour tes éclaircissements.

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