Pourquoi le rendement des SOFICA en 2016 sera mauvais

C’est une étude de BFMTV, qui nous l’apprend : en 2013, 90% des films français n’ont PAS été rentables. Et ça, être rentables, c’est un peu le thème du site 🙂

Ce n’est pas première fois que nous le disons : il faut éviter les SOFICA.

D’ailleurs, BFMTV a effectué la même étude en 2012 et en 2014 avec des résultats similaires (9% rentables en 2012 et 11% en 2014). Et le problème, c’est que ça ne va pas s’améliorer. Et forcément, les rendements des SOFICA, même s’ils sont fortement lissés (car une partie de l’argent est utilisé en coproduction, et avec un pourcentage de reversement fixe prévu, nommé « adossement » (souvent de l’ordre de 80% du montant de production) au contrat que que soit le succès du film), sont corrélés. A ce titre, les articles élogieux de journaux comme Capital sont à la limite du scandale (ou du retour d’ascenseur vers un pote financier)

Ce que l’étude nous apprend

Cette étude de 2013 montre que sur les top 200 films sortis dans l’année, seuls 20 ont été bénéficiaires. L’étude prend pourtant en compte toutes les sources de revenus du film : cinéma réel, et via des approximations les revenus de DVD, VOD, TV et même ventes à l’étranger. Le cadre de l’étude correspond en bonne partie aux films qui sont financés par des SOFICA (même si celles-ci financent souvent les plus petits d’entre eux, et que l’ensemble des films sortis en comprend beaucoup de petits, exclus de l’étude, qui font monter le nombre de films français à presque 300 par an). On trouve même plusieurs films, parmi les plus mauvais, dont le rendement est inférieur à 10%. Quand on sait par notre article précédent, que la plupart des SOFICA finissent à un niveau de part d’à peine 60% de la valeur investie, on comprend que c’est directement lié aux mauvais résultats des films français.

Parmi les films français, grosso modo un tiers sont très petits (moins d’1m€ de budget), un tiers moyens (budget entre 1 et 4 m€) et le reste au-dessus. A l’opposé de cette majorité de films « pauvres », une minorité de « superproductions » aux budgets supérieurs à 10 ou 15 millions, a été gagnée par la démesure et surpaye des acteurs connus (on pense aux cachets de Dany Boon ou d’autres acteurs qui touchent plusieurs centaines de kE pour un seul film). C’est un rapport de 2013 sur le cinéma français qui le dit (page 23 notamment)

On y lit aussi (page 32) qu’en moyenne un film fait un déficit de 46% du budget initial, déficit ramené à un ordre de grandeur de 20 ou 25% après une nouvelle salve d’aides publiques aux distributeurs et producteurs. C’est le « fond de catalogue » vendu notamment aux TV (pages33-34) qui permet d’équilibrer à peu près les comptes de l’ensemble de la filière cinéma française.. mais ces revenus ne sont pas pris en compte dans les résultats des SOFICA !

Ce que cela suppose sur l’écosystème des SOFICA

Globalement, le compte d’une SOFICA moyenne après 6 ans de vie est le suivant :

  • Argent touché : 100
  • Argent investi en adossement : 40 – adossement à 80% ==> revenu de 32
  • Argent investi en film non adossés : 60 – environ 83% de retour sur investissement (rapport Bonnell page 32) ==> revenu 50
  • Frais : 24 (6% au démarrage et chaque année y compris l’an 0 : 3%)
  • Argent restant : 50 + 32 – 24 = 58

Ce que cela veut dire sur nos investissements, et pourquoi ça n’est pas prêt de changer

Beaucoup de personnes, même parmi les réalisateurs, dénoncent ces dérives du cinéma français. Sans véritable financeur privé qui prend des risques, les petits films font du n’importe quoi sans se préoccuper du tout de rentabilité ou même de qualité. Non que cela doivent être les seuls critères, l’art et la liberté de création sont importants, mais ils donnent naissance à ces myriades de films « psycho-cul » français. Petite parenthèse, le « psycho-cul », c’est cette manie de films français de montrer des gens dans des situations psychologiques (familles, divorces, amitiés.. sont les sujets centraux), tout cela mêlé à des histoires sentimentales en dessous de la ceinture (adultères, amourettes et consorts).

Gérés par des financiers, les films et leurs SOFICA associées perdent de vue comment réussir un film, et se battent pour attirer toujours les mêmes stars. Le cinéma français est consanguin, ce n’est pas une surprise, et ce n’est pas Lea Seydoux, petite-fille de l’empire Gaumont-Pathé et portée aux nues pour son film de propagande LGBT, qui dire le contraire. Cela n’est pas prêt de finir. Dans un monde où la rentabilité immédiate est reine, les producteurs ne prennent plus de risque. Leur seule alternative à « je m’achète un casting de stars » est la télé réalité pour faire naitre des « stars sur mesure » calibrées et formatées.

Or, l’avenir n’est pas rose pour le secteur de la production cinématographique. Le nombre d’entrées au global en France, y compris les films étatsuniens et autres étrangers, va continuer à stagner autours de 200 millions par an. L’érosion du pouvoir d’achat et la désaffection des jeunes pour le cinéma (au bénéfice de Youtube et du net en général), ne sont pas compensés par l’ouverture de nouveaux multiplexes et par ces nouveaux séniors « actifs » et spectateurs de films. C’est inéluctable.

Au milieu de tout cela, les SOFICA avec leur 5% de financement global du secteur, se portent mal. Ces dernières années, les enveloppes de souscription auraient même été non intégralement souscrites. Elle est loin l’époque de l’enveloppe globale souscrite en 3 jours. D’ailleurs même sur le site mes-placements.fr, on peut lire l’avertissement suivant : « La « performance » des SOFICA repose essentiellement sur l’économie d’impôt qu’elles permettent de réaliser. Les espoirs de gains des SOFICA, hors avantages fiscaux, sont effectivement extrêmement réduits. » Avec la politique fiscale actuelle de « coup de rabot », leur rentabilité ne va pas s’améliorer. Or, le rapport Bonnell n’est pas tendre avec les SOFICA : souvent citées, elles sont mises en avant à plusieurs endroits comme absorbant une partie des pertes. Celles ci sont même chiffrées (p35) dans une fourchette de 25 à 50%! Le chiffre est confirmé par le site LeParticulier. Malgré ses erreurs de calcul (un placement faisant du +45% cumulé sur 5,83 ans, ça ferait du 11% par an selon eux.. pas besoin de calculette pour voir que c’est faux), le site nous rapporte des chiffres intéressants : des valeurs de liquidations d’une bonne moitié des SOFICA de 2008 (les autres chiffres étant indisponibles), à un taux moyen de 63%. Qui confirme notre estimation « à la louche » de 58. Investir sur un support gangrené par les frais des intermédiaires (souvent 30% au total sur la vie du produit!), aléatoire, sur un secteur à l’avenir morose, et qui plus est dans des productions françaises qui sont trop souvent des films « engagés » mais sans talent.. très peu pour nous.

Autant avec 48% d’avantage fiscal, le jeu était jouable (au moins pour faire un différé d’impôt en quelque sorte), autant avec 36% seulement et un taux de liquidation des parts à 63%…. vous allez perdre de l’argent !

Ce n’est pas en 2016 que cela va changer.

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